Téléphones diffusant des fake news en santé

Peut-on contrer les fake news en matière de santé ?

Qu’il s’agisse d’intentions malveillantes, de motivations financières ou de simples paresses intellectuelles, ces “fake news” sont difficiles à repérer et donc à éviter. C’est un constat encore plus vrai à l’heure des réseaux sociaux et des flux d’informations libres et continus. Dans cet article, nous nous proposons de passer en revue les différents moyens de vérifier l’information et de se protéger contre les effets néfastes de ces infox.

Sommaire

Qu’est-ce qu’une fake news en santé ?

Afin de bien comprendre le sujet que nous traitons, il est important de définir ce qu’est une fake news en santé. De manière générale, il s’agit d’une information fausse et qui peut être classée dans une des deux catégories suivantes :

  • Mésinformation : c’est la diffusion de fausses informations sans intention d’induire en erreur. Les personnes qui diffusent la mésinformation peuvent croire que ces informations sont vraies, utiles ou intéressantes et n’ont aucune intention malveillante à l’égard des destinataires avec lesquels elles les partagent.
  • Désinformation : contrairement à la mésinformation, celle-ci est conçue ou diffusée en toute connaissance de cause, dans l’intention de tromper et de nuire. Les motivations peuvent être économiques, idéologiques, religieuses, politiques ou en faveur d’un programme social, entre autres.

Dans un cas comme dans l’autre, la mésinformation et la désinformation peuvent causer des préjudices moraux ou physiques aux personnes qui y sont exposées. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la santé, qui est une des branches de la science, car elles mettent en jeu des problématiques liées à la santé et à la sécurité publique. Pour le consommateur, il ne sert à rien de distinguer la mésinformation de la désinformation. Il doit seulement apprendre à se prémunir contre les deux.

Les conséquences des fausses informations sur la santé publique

Les impacts des fake news en santé sont multiples et peuvent avoir des conséquences directes sur la vie des individus. L’adoption de comportements à risque, comme le refus de se faire vacciner ou d’utiliser des traitements non éprouvés, peuvent entraîner une aggravation des situations sanitaires. En période de crise, comme ç’a été le cas lors de la pandémie de Covid-19, la propagation de désinformations peut paralyser les efforts des autorités et des professionnels de la santé, aboutissant à une désorganisation des systèmes de soins et une augmentation de la morbidité.

De manière générale, la désinformation contribue à la dégradation de la confiance de la population envers les institutions publiques et renforce les opinions complotistes. Elles jouent souvent sur la peur, la méfiance envers la science et la colère pour persuader, des ressorts vieux comme le monde et qui fonctionnent encore (ils fonctionneront toujours). Dans le domaine des sciences, qui est complexe et fermé par nature, la désinformation trouve un terrain fertile, car l’utilisateur moyen ne possède pas les connaissances techniques et théoriques nécessaires pour démêler le vrai du faux. Il doit donc s’appuyer sur d’autres stratégies plus chronophages et qui demandent un investissement personnel. Cet effort supplémentaire n’est pas toujours fait et peut donc mener à prendre pour argent comptant des articles ou des vidéos qui mériteraient d’être confrontés à d’autres sources d’informations.

En sus des effets négatifs, il est également important de mentionner que les fake news, une fois répandues, mettent du temps à être effacées. L’exemple très connu du tract de Villejuif illustre parfaitement la longévité des infox dans l’opinion publique.

En juin 1975, les listes de la première nomenclature unifiée des additifs alimentaires pour les pays de la CEE sont publiées au Journal officiel. Les additifs y sont classés à l’aide d’un code « E plus trois chiffres ». En décembre, le magazine français Science et vie publie un tableau résumant et commentant cette codification, et classant 29 additifs comme « suspects » ou « dangereux». L’acide citrique (E330) est présenté comme « suspect » alors qu’il ne l’est pas.

Le premier exemplaire connu du tract a été publié en février 1976, sous forme d’une page dactylographiée. Son auteur est inconnu. Il fait référence à l’article de Science et vie, mais pas encore à l’hôpital de Villejuif. Il classe les additifs alimentaires en « cancérigène », « suspect », ou « inoffensif ». Des versions successives indiquent « distribué à l’hôpital de Villejuif », « distribué par l’hôpital de Villejuif » et enfin « L’hôpital de Villejuif informe… » Des détails fantaisistes sur les effets des additifs apparaissent, ainsi que des noms de marques à éviter. Lors d’un sondage de 150 ménagères, 19 % indiquent qu’elles ont arrêté d’acheter les marques en question et 69 % envisagent de le faire. 

Ce tract, qui circule toujours en 2025, est l’exemple parfait des conséquences d’une fausse information répandue. Elle est incontrôlable et ne peut pas être supprimée. La seule manière de s’en prémunir est d’être consciencieux et de faire jouer son esprit critique.

Les outils et méthodes pour contrer les fake news en santé

L’ampleur et la complexité de la désinformation dans la santé peuvent donner l’impression qu’il est impossible d’y échapper, mais c’est faux ! En coulisses, des organismes, des associations et des bénévoles mettent en œuvre des solutions pour permettre à toutes et tous de reconnaître et de se protéger contre les fake news. En suivant les conseils ci-dessous et en utilisant les bonnes méthodes, chacun est capable de distinguer une information avérée d’une fake news.

La lutte contre les contenus mensongers via les plateformes en ligne

Le gouvernement français lutte activement et quotidiennement contre les fake news dans le secteur de la santé. Une fausse information peut avoir de graves conséquences sur la santé publique et, dans le cadre de crise sanitaire, peut augmenter le nombre de victimes. Depuis quelques années, l’État a donc multiplié les outils et les ressources pour permettre aux internautes de s’informer avec fiabilité. Il a, par exemple, lancé le site Canal Détox, spécialement conçu pour répondre aux rumeurs mensongères les plus propagées.

Parmi les autres sites faisant office de référence en matière de debunkage, on peut notamment citer Décode la santé, Santé et vérité ou AFP Factuel. Cependant, l’utilisation de ce type de plateformes de lutte contre la désinformation nécessite d’avoir été préalablement formé à l’utilisation d’internet et au développement d’un esprit critique, deux atouts majeurs et qui s’acquièrent par d’autres biais, comme nous allons le voir.

Le rôle des professionnels de santé dans la diffusion d’informations fiables

Ils sont en première ligne dans la lutte contre les fake news, parce qu’ils en subissent les dommages collatéraux. En effet, c’est eux qui doivent affronter la méfiance et la colère engendrées par la désinformation. Ils ont donc tout intérêt à ce que les canaux de communication propagent des informations sourcées et que leurs patients sachent faire la part des choses. En tant que garants de la rigueur scientifique et de l’éthique médicale, ils doivent donc être proactifs dans la diffusion d’informations vérifiées et compréhensibles pour le grand public. Leur implication dans des campagnes de sensibilisation en santé, des conférences et des collaborations avec les médias permettent de rétablir la confiance et d’offrir une alternative crédible aux fausses informations. La transparence et la proximité avec les patients sont des atouts précieux dans ce combat contre la désinformation, puisque cette dernière se nourrit de la mauvaise communication entre les individus.

Dans un cas comme dans l’autre, les professionnels de santé ou les recruteurs médicaux qui mettront en place des actions pour contrer efficacement la désinformation de leur patientèle augmenteront leur qualité de vie au travail, leur permettant de proposer de meilleures offres d’emploi médicales, en plus de faire avancer une cause importante de la santé publique. 

L’éducation du grand public et la sensibilisation

Dans la même veine, l’aspect le plus important de la lutte contre la désinformation réside dans l’éducation et la sensibilisation du public. Des campagnes d’information, des ateliers et des programmes éducatifs visant à développer l’esprit critique sont primordiaux. Il s’agit d’apprendre aux individus à vérifier les sources, à reconnaître les indices d’une information biaisée et à consulter des experts en cas de doute. Nous sommes tous capables de faire preuve d’autocritique et de recul. Face à une information que je ne peux pas vérifier au moyen de mes propres connaissances, voici quelques conseils simples, mais efficaces : 

Cycle de vérification de l'information

Grâce à l’application de ces petites mesures, vous éviterez une écrasante majorité de fausses informations.

Les principales sources de désinformation en santé

Les méthodes évoquées ci-dessus devraient vous permettre de reconnaître la plupart des articles de désinformation que vous rencontrerez au cours de vos recherches. Pour compléter votre arsenal, il vous sera utile de connaître les principaux pourvoyeurs de fake news  sur les réseaux sociaux (ou ailleurs) et les motivations qui les poussent à vous mettre en danger. Cette liste non exhaustive vous donnera un bon aperçu des acteurs de la désinformation, de leurs objectifs et des canaux de diffusion qu’ils utilisent :

Sites pseudo-scientifiques ou complotistes

  • Motivation : monétisation via les publicités, propagande idéologique
  • Canaux : sites web, SEO, Google News, Facebook
  • Exemples : NaturalNews, Santé+ Magazine

Influenceurs non-experts

  • Motivation : recherche d’audience, de notoriété, revenus via les vues ou les partenariats
  • Canaux : réseaux sociaux
  • Exemples : vidéos virales, conseils santé, titres accrocheurs et annonces chocs

Groupes communautaires

  • Motivation : partage de témoignages, solidarité, défiance envers les autorités
  • Canaux : groupes privés, forums santé, réseaux sociaux
  • Exemples : récits non vérifiés, médecines alternatives

Chaînes WhatsApp, Telegram ou SMS

  • Motivation : transmission virale de messages perçus comme urgents ou secrets
  • Canaux : messageries privées, partages directs entre proches
  • Exemples : messages audio sur « des médecins qui dénoncent », vidéos alarmistes anonymes

Médias alternatifs politisés

  • Motivation : contestation de l’ordre établi, défiance idéologique
  • Canaux : blogs, réseaux sociaux
  • Exemples : accusations sans preuves, attaques à charge, théories du complot

Publicités santé douteuses

  • Motivation : profit commercial
  • Canaux : Google Ads, bannières web, comptes affiliés, influenceurs
  • Exemples : compléments alimentaires non testés, huiles essentielles « anti-cancer », cures detox extrêmes

Campagnes de désinformation coordonnées (bots, trolls)

  • Motivation : déstabilisation géopolitique, affaiblissement de la confiance dans les institutions
  • Canaux : réseaux sociaux, forums
  • Exemples : faux témoignages sur la toxicité des vaccins, diffusion massive de contenus “secrets”

Les défis de la lutte contre les fake news en matière de santé

Bien que le concept même de fake news soit désormais largement répandu et connu, il reste une menace difficile à éradiquer, que ce soit par sa vitesse de propagation, la complexité croissante des outils numériques ou simplement à cause de la nature humaine.

La difficulté de repérer et de supprimer les fausses informations

La détection des fake news est un processus ardu, en raison de la subtilité avec laquelle ces informations sont conçues. Les algorithmes de modération doivent faire face à un volume gigantesque de données et à des contenus en constante évolution. Par ailleurs, les techniques de désinformation s’améliorent sans cesse, rendant la tâche encore plus complexe pour les plateformes et les autorités de régulation de contenus santé. La rapidité de diffusion constitue également un obstacle majeur, car il est difficile de contenir une information erronée une fois qu’elle a atteint une masse critique d’internautes.

À l’aube de l’intelligence artificielle, il est de plus en plus simple de créer des hoax et de les illustrer. Le grand public à désormais accès à tous les outils lui permettant de produire de faux articles, de fausses photos, de faux sondages et de fausses infographies. À l’avenir, les organismes en charge de la lutte contre la désinformation auront fort à faire face à ces nouvelles technologies et des logiciels de reconnaissance algorithmique pourraient constituer la clé de ce combat.

La méfiance envers les sources d’autorité scientifique

Un autre défi majeur réside dans la nature humaine, inchangeable par définition. Notre humanité est craintive et la méfiance grandissante du public envers les sources officielles et les institutions scientifiques en est, sinon la preuve, au moins une de ses conséquences. Cette défiance, souvent alimentée par les scandales passés ou par la perception d’un élitisme déconnecté des réalités du quotidien, conduit de nombreux individus à chercher des alternatives perçues comme plus authentiques. Combattre cette méfiance nécessite un changement profond dans la manière dont l’information médicale fiable est communiquée, en privilégiant la transparence, la pédagogie et l’écoute des préoccupations du public.

En conclusion, la lutte contre les fake news en matière de santé repose sur une mobilisation plurielle et concertée. L’éducation, la transparence, la régulation des contenus et la collaboration entre les acteurs du secteur public et privé constituent autant d’axes indispensables pour rétablir une communication saine et fiable. Bien que les défis soient nombreux, les initiatives existantes démontrent qu’il est possible de contrer efficacement la désinformation, pour peu que chacun, qu’il soit citoyen, professionnel de santé ou décideur politique, s’engage activement dans ce combat pour la vérité.

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Barthélemy

Créateur du JoberBlog, c'est un passionné du secteur de la santé et du recrutement (médical), qu'il étudie chaque jour. Il s’occupe de la maintenance du site et de la rédaction des articles français. Si vous ne le trouvez pas sur Word, cherchez-le sur Excel.

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