Pourquoi une refonte de la formation des infirmiers est-elle nécessaire ?
Évolution des besoins en santé
La santé publique est un secteur évoluant très rapidement, sans cesse bousculé par des changements démographiques, épidémiologiques et technologiques. En outre, l’espérance de vie s’est considérablement allongée dans les pays développés et avec elle les besoins en soins des personnes âgées. Les maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension et les troubles cardiovasculaires, prennent désormais une place prépondérante dans les demandes de soins. De plus, les récentes crises sanitaires ont mis en lumière l’importance d’un personnel infirmier capable de s’adapter rapidement à des situations d’urgence et de gérer des afflux massifs de patients. Les exigences de métier ne sont donc plus du tout les mêmes qu’autrefois (voir notre fiche métier infirmière)
Le secteur requiert désormais des infirmiers qu’ils soient polyvalents, aptes à intervenir rapidement et qu’ils puissent s’adapter à tous les types de patients et de situations. L’accent est mis sur la capacité à gérer des soins à domicile, à collaborer avec des équipes interdisciplinaires et à utiliser des outils numériques pour suivre l’état des patients. C’est pour ces raisons qu’un changement de cap de la formation a été jugé nécessaire.
Les lacunes de l’ancienne formation
Le cadre éducatif actuel n’est plus capable de répondre aux nouveaux enjeux du métier. Résultat : les infirmiers récemment formés ont du mal à s’intégrer au monde professionnel, car les offres d’emploi infirmières présentent des décalages entre la théorie enseignée et la pratique avérée. Les étudiants se retrouvent confrontés à des écarts significatifs entre ce qu’ils ont appris et les attentes de leurs employeurs.
De plus, certains aspects cruciaux ne sont pas assez abordés. C’est notamment le cas de la gestion du stress ou du travail en situation de crise, ce qui a pour effet de démunir les jeunes infirmiers face à ces situations.
De nos jours, le rôle des infirmiers dépasse largement les soins de base. Ils sont souvent amenés à assumer des responsabilités élargies telles que le suivi des traitements complexes ou la coordination entre différents acteurs du système de santé. Par ailleurs, la gestion des données de santé dans un contexte de digitalisation croissante, exige des compétences techniques qui ne sont pas assez abordées dans les formations actuelles.
Les principaux changements apportés à la formation
Ils sont multiples et diversifiés, mais répondent tous au même besoin : aligner la théorie à la pratique. En effet, selon les résultats de la consultation lancée par l’Ordre national des infirmiers en France, près d’un infirmier sur deux juge la formation inadaptée aux réalités du terrain ! Un décalage important et qui contribue à la souffrance du corps médical dans son ensemble, puisque beaucoup de jeunes diplômés tombes des nues au moment d’intégrer le monde professionnel, allant même jusqu’à se réorienter.
La réforme, prévue pour la rentrée 2024, mais décalée à celle de 2025 en raison de la dissolution de l’Assemblée Nationale, devrait intégrer les éléments suivants :
- 400 heures de formation supplémentaires afin de répondre aux directives européennes.
- Un rapprochement entre les différentes professions de santé dès l’université afin de favoriser les pratiques coordonnées.
- Une amélioration de l’accompagnement des étudiants, notamment lors des stages.
- Instauration d’un parcours d’initiation à la recherche afin d’augmenter le nombre d’enseignants-chercheurs dans la profession.
- Un recrutement différent, via Parcours Sup.
- Des enseignements croisés avec l’université afin de valoriser le diplôme.
- De nouvelles méthodes de simulation.
- Apprentissage possible dès la première année.
- Mise en place des “cordées” dans les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), soit la mise en relation des lycéens avec les écoles, afin de faire connaître la formation et les possibilités d’orientation, via des rencontres.
Impact sur les futurs infirmiers
Acquisition de compétences adaptées aux besoins actuels
Avec cette réforme, les infirmiers diplômés arriveront sur le marché du travail avec des compétences en phase avec les attentes. Ils maîtriseront non seulement les gestes techniques, mais aussi les compétences, les routines et les qualités humaines comme la communication avec les patients et leurs familles, la gestion de conflits au sein des équipes ou l’organisation des priorités dans des environnements sous tension. Ils s’intégreront plus rapidement et plus facilement, gagnant en sérénité dans leur carrière et se fidélisant aux postes qu’ils occuperont. La profession fera de moins en moins face à la fuite de ses talents vers d’autres secteurs, instaurant un cercle vertueux à une profession qui manque actuellement de cadre clair.
Amélioration des conditions de stage
Les stages, auparavant perçus comme une simple mise en pratique, deviendront des occasions d’apprentissage. Grâce à un suivi renforcé, les étudiants pourront recevoir des retours détaillés sur leurs performances, afin d’identifier les axes d’amélioration possibles. Cela favorisera une montée en compétences progressive, sans les sentiments d’abandon ou d’impuissance face aux lacunes.
En outre, un jeune infirmier mieux préparé deviendra un professionnel plus confiant et plus épanoui. La réforme vise donc aussi à réduire le stress lié à la transition entre les études et l’emploi. Les nouveaux diplômés, mieux outillés, s’habitueront plus rapidement aux structures des recruteurs médicaux et seront capables de prendre des initiatives, ce qui renforcera leur satisfaction personnelle en même temps que de consolider le secteur tout entier.
Les bénéfices pour le système de santé
Les avantages d’une telle réforme n’iront pas qu’aux infirmiers ou aux structures médicales, mais bien évidemment aux patients et au système de santé français dans son entièreté. Le métier d’infirmier s’inscrit comme un relais quotidien entre les médecins et les patients. Une meilleure formation permettra d’améliorer :
- La qualité des soins dispensés
- La communication entre les différents spécialistes
- Le suivi des traitements
- Les écarts de compétences entre les différentes structures
Les défis et limites de la refonte
Les difficultés de mise en œuvre
La mise en œuvre d’une telle réforme représente un défi majeur pour tous les instituts de formation infirmiers. Rome ne s’est pas faite en un jour et la réalisation d’un tel chantier, déjà en retard en raison du contexte politique, ne donnera ses premiers résultats que dans quelques années. De plus, les établissements de formation devront investir dans des infrastructures modernes, recruter des formateurs spécialisés et harmoniser leurs pratiques pédagogiques afin de réussir cette transition. Cela demande des ressources financières importantes, souvent difficiles à mobiliser dans un contexte de contraintes budgétaires.
Les attentes des professionnels déjà en poste
La réforme de la formation des infirmiers pose une autre question : celle de la formation continue. Les métiers du secteur de la santé connaissent des évolutions pratiques et technologiques rapides (voir notre article sur l’intelligence artificielle en santé), qui nécessitent d’apprendre et de réapprendre tout au long de la carrière pour réussir et délivrer des soins en phase avec l’époque. Dans ce cadre, la réforme 2025 devra probablement intégrer des modules de formations adaptés aux infirmiers déjà installés dans les structures de santé françaises, afin de ne pas créer de fossé entre les nouvelles générations de professionnels et les anciennes.
Ce projet de réforme éducative s’inscrit dans un plan plus large et qui vise à améliorer la fonction dans son entièreté. Le métier d’infirmier souffre d’un manque de reconnaissance et de valorisation que cette réforme ne comblera qu’en partie. Pour être véritablement efficace, elle devra être accompagnée de moyens augmentés pour les établissements, mais également de salaires plus attractifs.
Avec cette réforme ambitieuse, la formation des infirmiers se modernise pour mieux répondre aux besoins des patients et des établissements de santé. Un projet d’avenir qui permettra de donner un nouvel élan à cette carrière en danger.


